Nouvelle fic, nouvelle aventure. Née d'une fusion de deux laissées en suspens.
Longue je l'espère, et bien mieux que toutes celles que j'ai pu écrire jusqu'à présent.
Souhaitez moi bonne chance.
***
UN
Lycée, Jour Premier.
Elle n'a jamais fait comme les autres, de toutes façons. Tout le monde le sait. Tout notre monde le savait. Nous.
Alors elle est arrivée en cours d'année, pas le premier jour, non. Ça n'aurait servit à rien, puisque la flamme de l'émerveillement n'aurait pas animé ses yeux comme ceux des autres, et puis, juste, par principe.
Elle a traversé la cours, la foule, les inconnus, les inintéressants, ces multiples vies sans but errants sur le bitume devant le portail bleu délavé.
Personne n'a eu besoin de lui frayer un chemin, puisque ces « encore innocents » se sont écartés sur son passage. Ils la dévisageaient, je les voyait, moi qui était discrètement caché dans son ombre si majestueuse. C'est vrai, qu'elle avait l'allure d'une reine, c'en était une d'ailleurs, si l'on regardait bien la lumière invisible au-dessus de sa tête.
Je les entendais murmurer des suppositions mal fondées, j'apercevais leurs yeux effarés, leur c½ur me sautaient même aux yeux avec leur flamme d'un amour déjà naissant, d'une dépendance déjà plus que grave.
« Regarde... »
« Oui, je vois, je vois. »
« C'est une Ni... »
« Oui, c'en est une. »
«... »
« Elle est belle. »
« 'Tain. »
Une Nichtott'. Oui. Ne prononcez pas ce mot devant elle, elle n'a pas besoin de ça pour se détruire plus. Le nuage des souvenirs doit garder son appartenance au passé, c'est bien assez dur pour tous de l'enterrer au plus profond de nos viscères.
Je n'aurais même pas du avoir cette pensée, puisque déjà des larmes coulaient le long de ses joues.
Les liens sont magnifiques, dommage que la peine se ressente autant dans les deux êtres.
Elle s'avançait, et en volant presque, jusqu'au passage de la porte.
Je crois qu'elle n'eut même pas besoin de remplir ce tas d'arbres morts séchés pour rentrer dans cette grande communauté mortuaire qu'est le Lycée. Trop impressionnés, trop submergés par sa présence, trop peureux dirai-je sans hésiter, ils n'ont pipé mot de tout le temps où elle fut dans les bureaux.
Pièces closes, sans lumière.
-*-
Lycée, Jours suivants.
Je ne sais plus depuis combien de temps nous étions ici, depuis trop longtemps évidemment, puisque nous n'avions pas notre place, et que nous ne l'aurions jamais. Ce ne sont pas les tentatives d'intègrement qui ont manquées, bien au contraire. Pourtant j'avais osé espérer que le maquillage si noir, si intense et profond de ses yeux en aurait dissuader quelques uns. Ça n'a marché qu'un temps.
Sa beauté fut supérieure à toute autre chose, la magie qui émanait de chaque parcelle de sa peau fut encore pire.
J'en ai vu défiler tellement, des ingrats dégueulasses d'orgueil, des aveugles puant de mensonges, qui, tous, pensaient être assez purs pour recevoir quoique ce soit d'elle.
Méprisant envers ces ignorants, oui, je le suis et l'ai toujours été.
C'est sûrement pour ça, qu'ils se sont enfin aperçus de la chose un beau jour, ces simples humains.
Personne ne m'avait encore remarqué, en ceci rien d'étonnant, puisque vivre sous sa silhouette était comme ne pas exister aux regard des autres. Je ne suis pas malheureux, non, que cette pitié ne traverse même pas votre esprit. Des centaines crèveraient pour être moi, comme je suis elle.
Je crois que c'est la jalousie qui les a réveillé. Puisque j'étais toujours à ses côtés, puisque j'étais le seul à qui elle adressait un sourire, puisque j'étais le seule qu'elle frôlait de sa main, qu'elle regardait avec tendresse, avec ce sentiment accroché à ses lèvres qu'on aurait pu appeler amour.
L'envie les a même fait passer sur l'énorme détail que j'avais ses yeux, en moins voyant.
S'attarder sur mon rachitisme, sur mes cheveux blonds paille et mon visage de lépreuchaun, de hobbit ou de n'importe quelle créature de n'importe quelle contrée était bien plus simple.
Ma satisfaction de les voir se poser autant de question sur « le pourquoi du comment elle pouvait » dépassait sans doute leur débilité.
« T'es qui toi ? »
« Une personne que tu viens de remarquer. »
« Et ton nom ? »
« Qu'est-ce que tu en as à faire honnêtement ? »
« J'te le demande »
« Et tu le connais, le sien ? »
« Non, justement. »
« Et bien demande-le lui au lieu de passer par moi alors que tu n'en as aucune envie. »
Tout de suite, son ton était plus doux, mielleux, cristallin presque. Une musique fausse et mal jouée à mes oreilles.
« Quel est ton nom, belle jeune fille ? »
« Ravale moi ton air de dragueur puéril, je suis bien plus âgée que toi. Bien trop âgée d'ailleurs. Et lui, il s'appelle Yam. »
« Oui, mais toi, ton nom à toi, parce que ce n'est pas lui qui est magnifique. »
« Idiot. Mon nom est le sien, il est moi et nous sommes nous. Cherche un peu et regarde surtout, regardez pour une fois. »
Ne te mets pas en colère May, ma May, je suis la partie qui s'en charge. Ne t'abîmes pas, je t'aime bien trop pour ça.
[...]